Pour ou contre les plateformes de réservation de photographe ?

plateforme meero contre photographe pro

Des plateformes de réservation on en connait beaucoup, elles centralisent des services en les rendant pour la plupart beaucoup plus accessible avec l’aide des nouvelles technologies. Que ce soit Uber pour les Taxis, Booking pour les hôtels et restaurants ou encore BlaBlaCar qui à réinventé le co-voiturage, ces plateformes ont révolutionnées nos modes de vie et se spécialisent de plus en plus.

Si on se place en tant qu’utilisateur, ces solutions ont pour la plupart permis de dépoussièrer des services vieillots et chers en proposant un service haut de gamme (rappelez-vous des débuts d’Uber, de l’accueil VIP avec bouteille d’eau et bonbons compris !) pour un prix vraiment intéressant le tout disponible via une application révolutionnaire à la hauteur de nos smartphones. Avant Uber, les taxis avaient tous l’âge de mon père (et souvent son caractère 😉 ), ils refusaient les “petites courses”, n’offraient aucun service, et on se demandait tout le temps a combien allait s’élever la course (!) le prix était inconnu jusqu’à l’arrivée à destination. Uber à offert une alternative avec un service haut de gamme, disponible en temps réel 24h24, 7/7j, un prix transparent et très abordable même pour des petits trajets, un système de notation, des voitures soignées… What else ?!

La photographie professionnelle est à son tour prise d’assaut par des sites qui proposent de réserver en ligne un photographe au meilleur prix.

Normal car il représente la structure de notre société actuelle et de nos comportements sociaux: L’IMAGE.

Que ce soit pour un reportage photo, une visite virtuelle, des prises de vue par drone ou encore une vidéo, ces solutions se veulent apporter au meilleur prix un service de qualité.

Voyons si ces sites peuvent être intéressants et pour qui, et quels impacts ont-ils sur le secteur de la photographie professionnelle.

Comment ça marche ?

Prenons pour exemple la plateforme française Meero qui à été créée pour répondre aux besoins en “image” au sens large: immobilier, restauration, portrait, lifestyle, e-commerce, évènements… en photo, vidéo et visite virtuelle. Elle vient de boucler une levée de fond de 205 M€ afin de poursuivre son développement à l’internationale.

Meero est ce que l’on appel une place de marché et tire ses revenus d’une commission sur les ventes de photos.

Leur première cible sont les professionnels. Leurs clients sont donc généralement des enseignes nationales (Sushi Shop, Guy Hoquet, Century `21) qui recherchent un prestataire photo ou vidéo en France, disponible rapidement et offrant la même qualité de Marseille à Honfleur. Pour info ils comptent également développer leur marché auprès des particuliers. Pour ces enseignes il y a là un vrai besoin, cela leur reviendrait à pratiquement dédier une personne à plein temps pour tenir à jour un réseau national de photographes sans pour autant être garanti d’une certaine homogénéité de qualité dans les rendus.

Meero est donc un site bien présenté, “à l’américaine” si je peux encore utiliser cette vieille expression pour définir un site qui “donne envie” (!) avec même des accents de “sauveur du monde” côté photographe:

Nous aidons les photographes à développer leur activité et leurs compétences

Bien belle présentation mais on le sait, les succès on besoin d’une belle histoire à raconter pour donner envie, quitte à ne pas se vérifier.

Voici leur définition plus officielle:

Meero est présent sur le marché international de la production audiovisuelle.

Notre plateforme met en relation des photographes et des vidéastes professionnels en freelance avec des clients du monde entier

ayant besoin de contenus photo et vidéo pour développer leur entreprise.

J’ai contacté Meero pour connaître la rémunération moyenne des photographes en France et je devais m’inscrire pour obtenir le montant des missions disponibles actuellement en ligne. Il m’aurait alors été long et fastidieux d’établir une moyenne nationale sur les potentiels revenus en fonction de la zone géographique, du potentiel de mission plus important dans les grandes villes qu’à la campagne mais voici une estimation intéressante basée sur “54 employés, utilisateurs et emplois actuels ou publiés sur Indeed depuis les 36 derniers mois. Indeed. : 1500€ par mois soit “15% au dessous de la moyenne nationale”.

 

salaire mensuel photographe Meero
salaire mensuel photographe Meero

L’Ubérisation ou l’esclavage moderne

1500€ par mois ce n’est pas négligeable mais à quel prix ?

En statut d’auto-entrepreneur, un rapide calcul nous permet d’estimer qu’il faut 5 à 6 reportages par jour pour arriver à 1500€/mois (impôt et taxes déduites).

Une Xième plateforme de ce genre – autre que Meero – m’a contacté cette semaine pour me proposer de réaliser une captation Matterport sur un bien immobilier d’environ 140m2. Mon prix sera le miens ! car il me contact à la dernière minute tout en m’annonçant tout de même qu’ils connaissent le budget alloué a ce genre de prestation et que, à la différence de Meero, ils étaient plus respectueux des photographes avec des rémunérations bien plus intéressantes.

D’après son “algorithme” qui génère automatiquement le temps passé en fonction de la superficie du lieu et de la technologie utilisée, le budget était donc de 80€ hors frais kilométrique (0,45€ par kilomètre). Toujours d’après l’algorithme 2h étaient nécessaire pour capter le lieu. Donc 80€ les 2h de travail estimé, me précisant bien “avec Matterport pas besoin de créativité ni de connaissance particulière hein ! il suffit d’appuyer sur le bouton !”. Merci pour la reconnaissance.

Niveau frais kilométrique, pour celles et ceux qui sont en train de calculer 😉 il est préférable de ne pas compter dessus car la réalité n’est pas la même sur le terrain. Dans toutes les grandes villes on doit compter le coût de ses déplacements en temps passé plus qu’en kilomètre parcouru.

Et dans un avenir proche, plus le réseau s’étoffera et plus le fabuleux algorithme saura trouver en temps réel votre remplaçant plus proche et donc moins couteux…

Entre les déplacements “réels”, le temps “réellement” passé sur place avec les salamalecs et les aléas habituellement rencontrés, par expérience, nous pouvons raisonnablement passer à une toute autre estimation plus proche de la réalité: 3h sur place + 1h de trajet.

Et nous sommes sur la partie très très haute du panier avec un matériel encore assez rare (Matterport) pour être chers le tout contacté “en dernière minute” !

Renseignements pris, le budget moyen d’un shooting s’élève à 30€ pour une mission d’1h de shooting (temps estimé toujours par la plateforme) + trajets compris – taxes et impôts à déduire…

Conclusion: conseils pour la jeune génération 😉

Ne soyez pas dupe ! Vous ne gagnerez jamais d’argent avec ce type de plateforme.

Avec plus de 20 années de recul qu’offre les premières plateformes de réservation comme Booking, on sait aujourd’hui que ce type de service augmente considérablement le taux de remplissage mais que les bénéfices ne suivent pas pour autant ce qui revient littéralement à travailler plus pour gagner moins.

Sur le long terme, et si on se place du côté des professionnels, l’Ubérisation à laissée derrière elle des victimes:

  • guerre des prix
  • baisse des services
  • baisse de la qualité
  • dévalorisation des métiers
  • concurrence acharnée

Même si l’idée est au premier abord séduisante et, qu’à déployer toute votre énergie vous parviendrez peut-être à payer votre loyer…

Vous deviendrez dépendant, vous accepterez leurs futurs conditions qui n’irons entendons-nous bien JAMAIS dans votre sens: baisse de la rémunération, concurrence acharnée, cadences infernales… et vous serez bien dépourvu si pour X raisons la plateforme venait à fermer.

L’Ubérisation exploite l’énergie des jeunes (et des moins en moins jeunes !) qui souhaitent plus de liberté. Une fois rincé, au suivant.

La seule chose qui manque à ces plateformes numériques comme Meero ce sont uniquement des bras dans chaque recoins de l’hexagone.

Non, disons qu’ils recherchent “des doigts” ça suffit largement pour appuyer sur un bouton (!) Leur IA (Intelligence Artificielle) et leurs algorithmes se chargerons du reste.

Si j’avais 20 ans et que je me lançais aujourd’hui je peux vous assurer que je ne me serais pas inscris sur ces plateformes.

Parce qu’être indépendant c’est justement ne pas dépendre et encore moins quand il s’agit de payer son loyer à la fin du mois.

Parce qu’être à son compte et attendre d’un algorithme pour m’apporter du chiffre d’affaires n’est pas une option viable ni pérenne.

Parce qu’être à son compte c’est TOUT prendre en main et SURTOUT la commercialisation. C’est votre marque de fabrique, votre différence, votre succès.

Parce que la commercialisation est LE NERF CENTRAL de toutes les activités.

Un bon commercial vaut plus qu’un bon photographe.

Parce que ces plateformes contribuent à l’uniformisation des goûts, avec leur lissage automatique par IA qui anéantis la création.

Parce qu’il n’y à pas de reconnaissance sur votre travail, sur votre regard, ce n’est pas ça être photographe, on ne parle pas du même métier.

Aujourd’hui plus que jamais il est important de revenir à l’essentiel: le contact avec les gens, privilégier les échanges en direct, apporter vos conseils, votre expérience, vos idées et toutes ces connexions qui permettent de donner du sens à votre vie.

Au final, ce qui me choc le plus c’est l’utilisation libre du mot “photographe” sur ces sites.

Je plaiderais bien volontiers pour les faire plier à utiliser un autre mot nécessaire pour éviter les confusions.

Mais à voir ce qu’est devenu le mot “restaurant” permettez-moi d’en doutez fortement.

Et vous ? Qu’en pensez-vous ? Dites le moi en commentaire !

Liens en rapport

Un reportage d’Arte sur le phénomène disponible ICI.

Les différentes plateformes:

https://www.meero.com

https://www.welenz.fr

https://www.myphotoagency.com

https://photopresta.fr

https://www.klapty.com/fr

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